Théorie du chaos 6/10 – Conclusion

Théorie du chaos 6/10 – Conclusion

Cette série d’articles consacrés à la théorie du chaos constitue la fiche de lecture du livre de James Gleick que j’ai rédigée en 2000 dans le cadre d’un 3ème cycle en organisation.

1.Introduction | 2.De la SA (science absolue) à la SARL (science à rationalité limitée) | 3.De l’ordre au chaos | 4.Le miroir : de l’ordre au chaos à l’ordre | 5.Du chaos à l’ordre | 6.Conclusion | 7.Compléments au livre de Gleick | 8.Glossaire


La théorie du chaos propose pour l’univers un modèle déterministe tout en laissant un espace au hasard, une dimension à l’imprévisible.

Le chaos déterministe a le vent en poupe. Près d’un siècle après que Poincaré eut mis en évidence le caractère imprédictible de certains systèmes dynamiques non linéaires, nombre de physiciens et de mathématiciens se sont mués en chaoticiens, entraînant dans leur sillage turbulent biologistes,économistes, spécialistes des sciences sociales, philosophes, psychanalystes,journalistes et cinéastes. L’ampleur de ce phénomène médiatique, qui déborde largement le cadre scientifique, montre à l’évidence que le concept de chaos fait vibrer quelque fibre mythique ou à tout le moins qu’il entre en résonance avec des préoccupations essentielles.

Une première analyse pourrait conclure à un succès de nature purement linguistique : l’expression « chaos déterministe » est construite sur le modèle auto-contradictoire qui a fait ses preuves d' »inflation cosmique », de « réalité virtuelle » ou d' »intelligence artificielle ». Mais s’il est vrai que les mots « équilibre », « désordre » ou « attracteur étrange »,qui sont au cœur de la théorie se prêtent volontiers à une riche variété de détournements de sens, il semble que le succès du chaos soit surtout de nature épistémologique : le fait qu’un phénomène régi par des équations déterministes puisse être imprévisible signale, pour de nombreux auteurs,une cuisante défaite du sacro-saint principe de causalité.

En somme, le chaos tirerait le tapis sous les belles certitudes scientifiques. Certains chercheurs en sciences sociales brandissent la bannière chaotique en évoquant, pour les plus sages, un changement de paradigme, et pour les plus hardis, une révolution qui marque la fin de l’utopie matérialiste. Bien que les équations non linéaires qui régissent la société n’aient pas encore été trouvées, anthropologues et sociologues la considèrent comme un système « loin de l’équilibre », qu’ils préconisent de maintenir « au bord du chaos » entre la sclérose autoritariste et le désordre anarchiste.

Il est même des historiens pour prédire l’avènement d’un »âge chaotique », des critiques littéraires pour trouver des attracteurs étranges dans l’œuvre de Michel Serres, des philosophes préoccupés de »chaoïdes » et des esprits religieux pour voir dans ces mêmes attracteurs l’empreinte (fractale) de Dieu. Quels que soient leurs buts, tous ces auteurs citent au passage ce qui est devenu l’emblème du chaos : l’effet papillon. Impossible en effet de faire l’économie de cet insignifiant papillon capable, d’un seul coup d’aile, de déclencher un cyclone. D’abord parce qu’il désigne un trait essentiel des systèmes chaotiques la sensibilité aux conditions initiales, ensuite parce que la théorie des systèmes dynamiques non linéaires n’est pas facile à vulgariser et que le fait d’y introduire un papillon a l’énorme intérêt de faire image dans un domaine très mathématisé, c’est-à-dire très austère.

Les conditions initiales, les constantes physiques et les propres propriétés de l’Univers (masse et charge des particules, taille des atomes, forces fondamentales, vitesse de la lumière, combinaison de l’oxygène et du carbone au sein des étoiles, …) ont été agencées de telle manière qu’elles permettent l’apparition de la vie ou de la conscience. La destinée de l’Univers ne conduirait sans doute pas vers une dégradation implacable et un chaos généralisé. Au contraire, elle serait marquée par un processus vers la complexité, une transformation et un progrès reliant les êtres et les choses.

L’auto-organisation de la matière, démontrée par la théorie du chaos et l’auto-similarité des fractales, donne à penser que l’Univers n’est pas absurde que son évolution a un sens. Un ordre caché serait en fait présent au sein des systèmes et phénomènes naturels.

Le problème est que pour l’heure, nous n’avons pas connaissance de la totalité de l’Univers. Peut-être sommes-nous partie d’un gigantesque fractale dont chaque composante a au moins la taille d’une galaxie ? L’homme qui commence à peine à explorer son environnement, manque de recul pour l’apprécier …