Bruno Giordano, 1548-1600

Bruno Giordano, 1548-1600

Giordano Bruno est né en janvier 1548 près de Naples (Italie). Après l’école il poursuit des études théologiques dans un couvent dominicain et il est ordonné prêtre en 1573. Grand amateur de livres et doté d’une excellente mémoire, il découvre parallèlement la mnémotechnique, la magie, la cosmologie, la physique et la philosophie. Se rebellant régulièrement, il doit quitter le couvent en 1576, accusé d’hérésie.

Pendant 16 ans, il va parcourir l’Europe, régulièrement chassé à cause de ses convictions et de son fort caractère. Doué d’une mémoire prodigieuse qui lui permet, dit-on, de réciter 7000 passages de la Bible ou encore 1000 poèmes d’Ovide, le philosophe est volontiers reçu chez les princes d’Europe où il donne libre cours à son penchant pour la libre discussion. Les deux premières années il se déplace en Italie, vivant de leçons de grammaire et d’astronomie. Puis il part en France où il enseigne la physique et les mathématiques sous la protection d’Henry III, très impressionné par sa mémoire prodigieuse, et qui en fait un de ses philosophes attitrés. Après un passage en Angleterre de 1583 à 1585, Bruno revient en France.

Sensible aux découvertes de l’astronome Nicolas Copernic publiées en 1543, il imagine un univers infini dont Dieu serait l’âme et conçoit une pluralité de mondes analogues au nôtre dans un univers qui n’aurait pas été créé mais aurait existé de toute éternité. Il publie deux livres très importants : dans « La Cena de le Ceneri » (Le banquet des cendres), il présente la relativité du mouvement qui met à mal la théorie d’Aristote sur l’immobilité de la Terre et dans « De l’infinito, universo e Mondi » (De l’infini, l’univers et les mondes) il prend appui sur les idées de Copernic qui prône l’héliocentrisme (les planètes tournent autour du Soleil, centre de l’Univers) pour évoquer un Univers illimité, qui n’a pas de centre, où chaque étoile est comparable au Soleil avec un cortège de planètes « qui peuvent abriter d’autres créatures à l’image de Dieu ».

De l’infinito, universo e Mondi, Bruno Giordano, 1584

Mise en doute de la transsubstantiation, croyance en la réincarnation, la non-virginité de Marie, la non-création du monde, la pluralité des mondes, l’infinité de l’univers, la liberté de l’homme face à la société, la liberté de conscience de l’individu, le droit de l’étudiant à étudier toute thèse, même contraire au dogme du moment, … tout cela le conduit à une violente critique de la société et de la conception figée et hiérarchisée du monde. L’église catholique considère ses thèses comme une abomination et durcit ses positions à son encontre.

Henri III ne peut plus rien pour le « philosophe maudit » qui fuit en Allemagne puis revient à l’Université de Padoue dans l’espoir d’obtenir une chaire de mathématiques. Dénoncé à l’Inquisition vénitienne, il est emprisonné en 1592. Il subit huit années de procès, et refusant toujours de se rétracter, meurt sur le bûcher à Rome sur le Campo dei Fiori en février 1600, condamné pour hérésie. On lui refusera l’étranglement avant le bûcher, il brûlera vivant… mais on ne l’entendra pas crier étant donné qu’on lui avait préalablement arraché sa langue blasphématoire pour l’empêcher de proférer des « paroles affreuses ».

Statue en bronze de Bruno Giordano par Ettore Ferrari, 1889, Campo dei Fiori, Rome