Entropie

Entropie

Le second principe de la thermodynamique dit qu’il existe une grandeur, appelée entropie, qui ne peut qu’augmenter avec le temps (ou rester constante). L’entropie se calcule en considérant un système donné (par exemple un œuf) mais aussi tout l’environnement extérieur (la cuisine, etc.) et mesure, en quelque sorte, le niveau de désordre. Prenons notre œuf, s’il tombe du plan de travail de la cuisine, il se brise. Le « désordre » augmente, et bien sûr c’est irréversible : on n’observera jamais la transformation inverse (l’œuf remonter du sol, se reconstituer, et retrouver sa place innocente sur le plan de travail). L’exemple est un peu grossier, mais le second principe de la thermodynamique, la création d’entropie, c’est ça. Ce principe définit ainsi une « flèche du temps » qui est la direction dans laquelle le désordre croît.

Entropie et chaos : voici deux mots que l’on voudrait éviter de rencontrer dans son existence car ils sont tous deux synonymes d’anarchie et de désordre. À juste titre, le chaos inspire la frayeur de voir s’écrouler ce que l’on a construit patiemment, c’est la catastrophe qui ravage tout sur son passage. Quant à l’entropie, elle dévore de l’intérieur les systèmes organisés en accélérant leur dégénérescence avec le temps; elle augmente inexorablement, et fait tendre tout système vers plus de désordre. Et lorsque le système atteint son état de désordre total, quand l’entropie atteint sa valeur maximale, on parle de chaos.

Côté face, le principe de conservation/extension/complexification va dans le sens d’une augmentation de l’ordre en qualité et quantité sous une forme d’une vie de plus en plus évoluée ou bien d’atomes et de molécules dans le cosmos de plus en plus complexes.

Côté pile, le principe de dégradation/destruction/dévalorisation (l’entropie) agit en complète réaction au principe d’extension pour compenser l’équilibre des forces et des énergies.

L’opposition entre ces deux principes est paradoxalement indispensable à la vie et à l’évolution. L’entropie est une dynamique inverse et nécessaire pour compenser les excès d’une complexification infinie en apportant du « chaos nécessaire ».  Ainsi, sans la fusion de ses atomes et leur dégradation (entropie) sous la forme d’une dissipation d’énergie, le Soleil ne serait pas source de vie pour la Terre et pour nous… De même, si notre propre entropie (vieillesse et mort) n’existait pas au niveau cellulaire nous ne cesserions de grandir indéfiniment, de consommer tout ce qui existe sur la planète et ne pourrions jamais mourir, ce qui finirait par poser quelques problèmes.

Imaginons un monde où rien ne serait jamais détruit, où tout tendrait à s’accumuler de manière compulsive, où tout se complexifierait à l’infini pour finalement tout absorber à la fois en matière et en information. Ce monde ne serait pas « vivable » et se figerait sur lui-même en absorbant tout. Bien évidemment un tel monde n’existe pas car finalement l’entropie et le chaos induit sont là pour disperser et diversifier.

Le monde est en même temps ordre et désordre, cohésion et chaos, sans quoi il n’y aurait aucun système de pensée et de jugement. En effet, la perfection nous donnerait accès à une vérité définitive ; quand le chaos empêcherait par définition le jugement. Ce qui est vrai pour le monde est vrai pour chacun d’entre nous. Il existe une forme de chaos dans l’esprit et l’âme de chacun des êtres humains sur cette Terre. En clair, impossible de renier le chaos en nous, il est notre essence. Nulle nécessité de le contraindre voire de vouloir l’annihiler, bien au contraire. S’assurer de l’anéantissement du chaos reviendra à résumer l’Homme à une machine parfaite, dépourvue de ses émotions, de ses passions et surtout de sa pensée.

Même au niveau sociétal l’entropie sait aussi perfuser sa loi et un jour ou l’autre, peut-être bientôt, les grands schémas que nous connaissons voleront-ils en éclats au profit de structures bien différentes.

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