Tragédie cathare


 

La chronologie des événements Imprimer la page

- le premier millénaire, en bref
- XIe et XIIe siècles, prélude à la croisade
- 1209-1215, la croisade des barons
- 1216-1226, le répit
- 1226-1229, la croisade royale
- à partir de 1229, la chasse aux hérétiques

 

Le premier millénaire en bref

 

IIe, IIIe

Irénée, évêque de Lyon en 177

Passée la génération des apôtres, l’église chrétienne est en pleine expansion. A la tête de chaque communauté urbaine importante, les fidèles élisent un évêque.

Pour lutter contre les interprétations du message du « Fils de l’Homme » (gnosticisme, marcionisme, montanisme, arianisme, …), les Pères de l’Eglise jettent les bases d’une théologie qui définira ses dogmes et imposera son orthodoxie lors des grand conciles des IVe et Ve siècles, rejetant toute interprétation déviante – hérétique – du christianisme (du grec hairesis, un autre choix).

313

Liberté de culte

Par l'édit de Milan, l’empereur Constantin autorise la liberté de culte

381

Christianisme religion officielle

Le christianisme, longtemps persécuté, désigne et exclut à son tour les hérésies.

L’empereur Théodose 1er et ses successeurs adoptent des mesures de coercition à l’encontre des hérétiques (biens confisqués, réunions interdites, exclusion des services publics, interdiction de témoigner contre un catholique, …).

Protégé par les empereurs, l’Eglise devient un grand propriétaire foncier. Les évêques sont élus sur approbation impériale parmi les notables locaux. Ils se voient attribuer des fonctions qui dépassent le cadre religieux (justice, administration, …).

Après Priscillien d’Avila, religieux exécuté pour hérésie en 384, s’ouvre une période de 6 siècles sans hérétiques. C’est vers l’An Mil que réapparaîtra le mot et la dénonciation « hérétique » sous la plume des moines chroniqueurs.

Ve

Vie de Saint Augustin

A partir du Ve siècle, le nom de pape est réservé à l’évêque de Rome. A cette époque les papes sont nommés par l’empereur.

476

Chute de Rome
Début de Moyen-Age

Le dernier empereur romain d’Occident est déposé; seul subsiste un empire d’Orient bien diminué

VIe

Baptême de Clovis en 498

Les francs et les wisigoths se convertissent. Les lombards envahissent l’Italie. Pour se défendre, les papes s’organisent en véritable chefs d’Etat.

VIIe

Rivalités entre les patriarcats de Rome et de Constantinople

Le patriarche de Constantinople est nommé primat de tout l’Orient, comme le pape est reconnu primat de tout l’Occident.

VIIIe

Empire carolingien

Par ses guerres de conquêtes, Charlemagne réussit à se rendre maître de la quasi totalité des territoires d’Occident, où il développe une activité missionnaire intense et musclée. Il est couronné empereur par le pape en 800.

IXe

Dislocation de l’empire carolingien

L’empire carolingien se disloque progressivement, on passe brutalement de l’ordre carolingien au désordre féodal institué : quelques dizaines de familles aristocratiques accaparent les honores qui leurs avaient été octroyées.

Elles règnent sur de vastes principautés érigées en duchés ou marquisats qui rivalisent avec le domaine royal capétien réduit, entre Senlis et Orléans. En Francie du Nord, on trouve les comtés de Flandre, de Champagne, de Blois et d’Anjou, les duchés de Normandie, de Bourgogne et de Bretagne. En Francie du Sud, on trouve les duchés d’Aquitaine et de Gascogne, le comté de Toulouse. L’ancienne marche d’Espagne se transforme en comtés catalans. Le royaume de Germanie se divise en 5 duchés : Lotharingie, Saxe, Souabe, Bavière et Franconie. Le roi est élu par les 5 ducs.

C’est au nom de cette décentralisation du pouvoir public des comtes que les campagnes se hérissent de châteaux forts.

Xe

Empire romain germanique

Les souverains germaniques confisquent la dignité impériale. Ainsi, Otton, roi de Germanie, se fait couronner empereur par le pape après la conquête de la Bourgogne et de l’Italie. Après la restauration de l’empire, l’élection pontificale repasse sous le contrôle des empereurs germaniques.

An Mil

Pouvoir et société en Francie

A partir de 950, l’autorité princière est mise à mal. Les principautés se décomposent au profit des comtes locaux qui s’émancipent et s’approprient sur leurs terres le droit de ban (droit de juger, punir et contraindre).

Ces éparpillement se poursuit lorsque vicomtes ou viguiers (représentants du pouvoir comtal) accaparent le ban sur les territoires environnant des châteaux qui leur ont été confiés ou qu’ils ont construits : ainsi naissent les « seigneuries banales ».

Disposant d’un pouvoir quasi total sur les manants de sa châtellenie, le seigneur s’entoure d’une troupe de cavaliers pour protéger ses terres. Dotés d’un fief en échange de leur fidélité ces milites, par le lien vassalique qui les lient désormais à leur seigneur, grossissent les rangs de la classe nobiliaire.

La paysannerie, qui vivait jusque là en habitat dispersé, se regroupe autour du château seigneurial qui assure sa protection. C’est ainsi qu’apparaissent les premiers villages fortifiés : castella en Italie du Nord et castra en Occitanie.

Exploitée, accablée de prélèvements seigneuriaux, victime de la violence des guerres privées, cette paysannerie connaît un mieux être aux abords de l’an mil : meilleure maîtrise de l’énergie animale, meilleures récoltes, développement des techniques d’irrigation et des moulins hydrauliques, …

Le peuple chrétien, n’étant plus obnubilé par le souci de sa survie terrestre, peut enfin se préoccuper de son salut éternel. Les ferveurs populaires appellent un renouveau d’espérance évangélique. Réformateurs inspirés par la Papauté et hérétiques clandestins vont donner corps chacun à leur manière aux idéaux des temps apostoliques (pauvreté, chasteté, …).

A la pointe des mouvements de réforme spirituelle du XIe, des hérétiques sont dénoncés pour leur évangélisme exacerbé, leur refus de l’eucharistie et de la nature humaine du Christ. Comme ils pratiquent un baptême par imposition des mains, caractéristique des cathares, on peut les considérer comme des pré-cathares.

 

L’Eglise de l’An Mil

Les donations l’ont rendue comparables à un riche seigneur temporel. Lorsque l’empire carolingien se disloque, les princes-ducs-seigneurs s’emparent des prérogatives royales et ecclésiastiques, nommant leurs parents à la tête des diocèses et leurs serfs affranchis à la tête des paroisses, perçoivent directement les revenus paroissiaux, …

Dans ce contexte de sécularisation à outrance, la vocation religieuse entre peu en ligne de compte : les clercs se marient ou vivent en concubinage (le nicolaïsme), un trafic des charges ecclésiastiques s’organise (le simonisme), …

L’urgence d’une réforme se manifeste tout d’abord chez les moines ; ainsi, Cluny – fondée en 910 – élit son abbé, renonce à tout droit sur l’établissement et se place sous l’autorité directe du pape.

Une vaste réseau d’abbayes et de prieurés de développe ; la vie des moines s’écoule dans la chasteté et l’ascèse derrière l’enclos des cloîtres où s’épanouit l’art roman.

 

XIe et XIIe siècles, prélude à la croisade
 

1022

Premier bûcher en France

Jugés trop pieux pour être honnêtes, les 12 chanoines d’Orléans sont brûlés : ils s’imposaient chasteté, jeûne, végétarisme, menaient une vie ascétique et dénonçaient le sacrement de mariage nouvellement institué. Ce bûcher marque le début de la répression. D’autres suivront dans toute l’Europe.

Vers 1025 : bûchers à Turin, Toulouse et en Aquitaine.

1054

Schismes entre les catholiques et les orthodoxes

Dans leur intransigeance, les légats du pape Léon IX déposent à même l’autel de Sainte-Sophie la bulle d’excommunication du patriarche de Constantinople Michel Cérulaire.

1073

Réforme grégorienne

Les papes Léon IX et Grégoire VII cherche à rétablir morale et discipline à l’intérieur d’une Eglise en crise : condamnation du nicolaïsme (le célibat ecclésiastique est rendu obligatoire), libre élection du pape par les cardinaux (évêques proches de Rome) alors qu’elle était jusque là sous contrôle de l’empereur germanique.

Des conciles de paix visent à freiner les exactions des chevaliers et assurer la protection des civils, interdire toute activité guerrière les jours saints. C’est la « Paix de Dieu ».

En 1075, Grégoire VII affirme la supériorité de la papauté sur les empereurs et les rois. L’empereur germanique Henri IV tentera de s’y opposer. Excommunié, il sera contraint de s’humilier à Canossa en 1077.

Cette ingérence se manifeste au niveau des églises locales par l’envoi de légats qui ont tout pouvoir sur les évêques et président les conciles provinciaux.

Cette primauté s’affirme aussi au niveau de la société des fidèles dont la vie est désormais réglementée par les clercs : la mariage devient sacrement, les pèlerinages pénitentiels se développent, …

Ainsi, l’Eglise romaine, rassemblée derrière son pontife, apparaît de plus en plus intransigeante et exclusive dans sa prétention à régir l’Eglise universelle et l’ensemble de la société. L’accusation d’hérésie est alors employée allègrement par le clergé romain.

S’élabore ce qui sera la clé de voûte de la société jusqu’à la Révolution Française, à savoir l’idéologie des trois ordres voulus par Dieu : « ceux qui travaillent », « ceux qui combattent » et « ceux qui prient ».

1095-1099

1ère croisade

Se termine en 1099 par la prise de Jérusalem et la création des « Etats latins d’Orient ». Le comte de Toulouse Raymond IV (1042-1105) y participe : il est comte de Tripoli de 1102 à 1105.

1090-1153

Vie de Saint-Bernard

1100 : Fondation de Cîteaux

1114 : Bûcher à Soissons

1135-1140 : Bûchers à Liège. Première mention de communautés cathares avec une hiérarchie épiscopale.

1143 : un religieux rhénan, Evervin de Steinfeld, appelle à l’aide le futur Saint-Bernard : les hérétiques que l’on vient de juger ont subi le supplice du feu avec le courage des premiers martyrs chrétiens.

1145 : Mission de Saint-Bernard en Toulousain et Albigeois

1147-1149

2ème croisade

Prêchée par Saint-Bernard pour reprendre Edesse aux musulmans, elle aboutie à un échec.

1165

Conférence de Lombers en Albigeois

1157 : concile de Reims contre l'hérésie; le poursuite des hérétiques est confiée aux évêques.

1163 : bûchers à Cologne, Bonn et Mayence. Eckbert de Schönau crée l'appellation "cathares"

1165 : un concile de prélats méridionaux (archevêque de Narbonne, évêques de Nîmes, Lodève, Albi et Toulouse, abbé de Castres, Saint-Pons, ...) se réunit à Lombers, une localité du Tarn, en présence du vicomte Trencavel et la comtesse de Toulouse pour entendre les arguments d'un certain Olliver et sa secte (les "Bons Hommes").

1167

Concile cathare de Saint Felix de Lauragais (près de Toulouse)

Au cours de ce concile, présidé par l’évêque bogomile Nicétas de Constantinople, l’Eglise cathare s’organise : création des quatre évêchés occitanes (Albi, Agen, Carcassonne et Toulouse), un évêché de France et un évêché italien.

Le comte de Toulouse, Raymond V (1134-1194) adresse une lettre à l’ordre de Cîteaux pour lui signaler le « développement effrayant de l’hérésie cathare ».

1170-1182

Les vaudois à Lyon

1170-1180 : Valdès prêche à Lyon

1178-1181 : Mission et pré croisade dirigées par l'abbé de Henri de Clairvaux en Toulousain et Albigeois

1182 : Valdès et les pauvres de Lyon sont chassés par l'archevêque

1175-1221

Vie de Saint-Dominique

1215 : il fonde à Toulouse l’Ordre mendiant des Frères Prêcheurs

1181-1226

Vie de Saint-François d’Assise

 

1180-1223

Règne de Philippe Auguste

 

1189-1192

3ème croisade

Le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lyon, le roi de France Philippe Auguste et l’empereur germanique Frédéric Barberousse y participent pour reconquérir les Etats latins dont s’était emparés le sultan Saladin. Jérusalem reste aux mains des musulmans.

1184

Anathématisation des cathares

Accord du pape et de l'empereur pour des mesures antihérétiques à l'échelle européenne. Cathares et vaudois sont anathématisés.

1194-1222

Raymond VI, comte de Toulouse

Obligé de tolérer l’hérésie albigeoise à laquelle adhérent nombre de ses vassaux, notamment le vicomte de Carcassonne et les comtesses de Foix, il est mis en demeure par Innocent III de chasser les hérétiques de son domaine.

1196-1213

Règne de Pierre II d’Aragon

 

1198-1216

Pontificat d’Innocent III

 

1199 : décrétation du pape assimilant l'hérésie au crime de trahison et de lèse-majesté en vers Dieu

1200

Premiers échecs de la Papauté en Occitanie

Une mission envoyée par le pape Innocent III contre les cathare échoue et retourne à Rome. Une nouvelle mission dirigée par Jean de Saint-Prisque échoue de même.

1202-1204

4ème croisade

Dirigée par des seigneurs flamands et francs (Simon de Montfort) pour libérer Jérusalem, elle est détournée sur Constantinople qui est affreusement pillée.

1206

Début de la prédication dominicaine en Languedoc

Echec de la campagne de prédication contre les cathares de Dominique de Guzman et dom Diego, prieur d’Osma.
Esclarmonde, sœur du comte Raymond-Roger de Foix, reçoit le consolament à Fanjeaux.

1207

Excommunication du comte Raymond VI

Raymond VI est excommunié pour complaisance à l’égard des hérétiques par le légat du pape Pierre de Castelnau, moine cistercien de l’abbaye de Fontfroide.

1208

Assassinat du légat du pape  Pierre de Castelnau près de Saint-Gilles

Le comte Raymond VI de Toulouse est désigné comme l’instigateur de ce crime. Le pape nomme un nouveau légat : Milon.

Innocent III ordonne alors à la noblesse française de prendre la croix contre lui et charge l’abbé de Cîteaux, Arnaud Amaury de lever la troupe des croisés. En exposant les terres du comte de Toulouse en proie, le pape autorise tout seigneur catholique à s’emparer de ses biens, domaines et possessions. Un seigneur languedocien ainsi dépossédé s’appelle un faydit.

 

1209-1215, La croisade des Barons
 

1209

Début de la croisade contre les Albigeois

Prise de Béziers et de Carcassonne

Par le jeu des alliances féodales, par conviction religieuse, par goût de l’aventure, par cupidité pour la plupart, c’est une armée de 5000 hommes qui descend la vallée du Rhône pour se retrouver le 22 juillet 1209 aux portes de Béziers.

Raymond Roger Trencavel, vicomte de Béziers et Carcassonne, refuse l’alliance que lui propose son oncle, le comte Raymond VI. Ce dernier décide alors de négocier avec les croisés; il est contraint de s’humilier publiquement au cours d’une cérémonie de pénitence et de se croiser.

Se retrouvant seul face aux croisés, Raymond Roger Trencavel tente d’imiter son oncle. Arnaud Amaury refuse la tentative de soumission du neveu.

La prise de Béziers (la ville la plus importante après Toulouse) et le massacre de ses 15.000 habitants sèment la terreur dans tout le pays. C’est au sac de Béziers qu’Arnaud Amaury aurait répondu à un soldat qui lui demandait comment faire pour reconnaître les catholiques : « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! ».

Un mois plus tard (du 1er au 15 août), l’armée des croisés prend Carcassonne. Les habitants sont expulsés et les croisés s’y installent. Simon de Montfort (1160-1218) est désigné pour succéder au vicomte Raymond Roger Trencavel, capturé et meurt dans les geôles de Carcassonne le 10 novembre à l’âge de 25 ans (vraisemblablement assassiné). Le petit seigneur d’Ile-de-France devient brusquement le « cerbère de Dieu ».

A l’automne et après un assaut manqué contre le château de Cabaret (Lastours), la plupart des croisés, une fois leur service accompli, rentrent chez eux. Montfort se retrouve isolé et des seigneurs occitans en profitent pour reprendre possessions de leurs terres.

Les premiers cathares sont brûlés à Castres.

1210

Chute de Minerve, Termes, Puivert

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Avec le printemps, de nouveaux contingents de croisés arrivent. Montfort investit l’un après l’autre les bourgs et les châteaux qui abritent des cathares.

En Juin-Juillet, la place-forte de Minerve est ainsi livrée au pillage et 140 cathares y sont brûlés. A Bram, les croisés mutilent une centaine d’habitants avant de les envoyer au seigneur de Cabaret. En été et à l’automne, les châteaux de Termes et de Puivert sont assiégés et pris. Voir Carte de situation

Pendant ce temps-là, Arnaud Amaury entre à Toulouse pour aider l’archevêque Foulques à remettre de l’ordre dans l’Eglise. Les Toulousains divisés vont s’organiser en deux milices : la confrérie blanche chargée de combattre l’hérésie et la confrérie noire créée par les sympathisants cathares. Les rues de Toulouse deviennent le théâtre de batailles rangées où les deux camps s’exterminent.

1211-1212

Le comté de Toulouse est ravagé

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Le comte de Toulouse ayant montré peu d’empressement à poursuivre les cathares, le pape le somme de se soumettre. Il refuse et appelle ses vassaux à la révolte contre l’Eglise et son bras armé, le roi de France. Fous de rage, les croisés reprennent leur guerre de conquête :

Au printemps 1211, après la reddition de Cabaret, les croisés s’attaquent aux possessions du comte. Ils prennent Lavaur, égorgent 80 chevaliers, brûlent 400 cathares et jettent vivante au fond d’un puits Dame Guiraude la châtelaine de la ville. L’horreur est à son comble ! En Juin, c’est le premier siège de Toulouse

En 1212, les croisés ravagent à nouveau l’Albigeois, le Quercy et l’Agenais ainsi que le comté de Foix laissant derrière eux destructions, pillages, bûchers, avec la bénédiction de l’Eglise (massacre de Moissac).

Montfort s’en prend également aux communautés juives obligeant pour la première fois dans l’histoire ses ressortissants à coudre une rouelle sur leur vêtement.

1213

Bataille de Muret : victoire de Simon de Montfort contre Pierre II d’Aragon et Raymond VI de Toulouse.

Les Toulousains font alors appel au roi Pierre II d’Aragon : un état occitano-aragonais se dessine par dessus les Pyrénées. Les armées toulousaines et aragonaises se rejoignent devant Muret (sud de Toulouse).

Inférieurs en nombre, les croisés parviennent néanmoins à vaincre; le roi d’Aragon est tué, c’est la débandade : les Aragonais et les Toulousains laisseront 15.000 morts sur le champ de bataille. Les croisés entrent dans Toulouse en Septembre.

1214

Victoire de Bouvines

Philippe Auguste fait de la France la puissance dominante en Occident.

1215

Concile de Latran (apogée de la théocratie papale)

Deux ans après la bataille de Muret, le comte de Toulouse perd ses droits en faveur de Simon de Montfort qui est confirmé en tant que duc de Narbonne et comte de Toulouse.

Raymond VI et son fils deviennent des « faydits », des proscrits, chevaliers sans terre.

La croisade menée au nom de l’Eglise est parvenue à ses fins : elle a placé un homme sûr à la tête du comté de Toulouse et peut désormais agir contre l’hérésie.

Bûchers, massacres et pillages rendent exsangues les terres soupçonnées d’hérésie. Malgré la solidarité de la population, les croyants cathares doivent cacher leur foi et se dissimuler. Les « maisons de parfaits » connues pour être des lieux de culte et de travail ferment une à une. Le pays doit feindre la soumission à ses nouveaux seigneurs

 

1216-1226, le répit
 

1217-1221

5ème croisade

Dirigée vers l’Egypte. Echec.

1216-1219

La « reconquista »

A la suite du concile de Latran, les Toulousains réagissent. Le jeune comte Raymond VII entreprend la reconquête de ses terres. En juin 1216, la garnison française assiégée à Beaucaire se rend aux Provençaux.

Le 13 septembre 1217, le vieux comte Raymond VI sorti de son exil espagnol entre en libérateur dans Toulouse. La garnison française est aussitôt massacrée. L’armée croisée met le siège devant la ville.

Au printemps 1218, toute la région se révolte. Le 25 juin, tandis que la bataille fait rage, Simon de Montfort est tué par un boulet lancé d’une pierrière manœuvré par des femmes.

Pour venger la mort de son père, son fils Amaury fait périr plus de 5.000 personnes à Marmande, en mai 1219, en présence du prince Louis, fils de Philippe Auguste.

L’armée croisée vaincue se disperse. L’année suivante voit les Toulousains reconquérir peu à peu leurs terres.

1222

Mort de Raymond VI

Son fils Raymond VII lui succède; il dirigera le comté jusqu’en 1249.

1223

Mort de Philippe Auguste

Son fils Louis VIII lui succède ; il règnera jusqu’en 1226.

1224

Armistice de Carcassonne

La croisade elle aussi se meurt. Le fils de Simon de Montfort, Amaury, qui avait succédé à son père, abandonne Carcassonne et ses droits au roi de France et retourne en Ile-de-France.

Partout, les seigneurs chassés par la croisade ou leurs descendants reprennent possession de leurs terres. Raymond Trencavel, fils de Raymond-Roger, reprend son fief.

C’est également un répit pour la communauté cathare qui réorganise maisons et évêchés. La noblesse accueille de nouveau les prêches des parfaits ayant survécu aux bûchers. Evêques et diacres cathares ne sont plus très nombreux mais leur omniprésence contribue à reconstituer le terreau indispensable à leur foi. Au concile de Pieusse de 1225, un cinquième évêché cathare est créé : le Razès.

Un vieillard ne digère pas l’échec de la croisade : Arnaud Amaury ; il fait appel au nouveau roi de France qui n’est plus sans mesurer l’intérêt d’une éventuelle annexion du Languedoc (ouverture sur le Sud et la Méditerranée).

1225

Mort d’Arnaud-Amaury, archevêque de Narbonne

 

 

1226-1229, la croisade royale
 

1226

Croisade royale de Louis VIII

Raymond VII jugé peu sûr par l’Eglise est excommunié et ses domaines attribués au roi de France : Louis VIII revient à la tête d’une armée. La prise d’Avignon lui ouvre les portes des villes du Midi. Le pays découragé s’effondre en quelques mois. Louis VIII meurt sur le chemin du retour.

Apprenant le mort du roi et le jeune âge de l’héritier, les seigneurs occitans font volte-face et entre en guerre contre les garnisons laissées par le roi. N’ayant pas la supériorité des armes, celles-ci vont se livrer au « dégât » : récoltes brûlées, vignes et arbres arrachés, moulins et greniers détruits, bétail abattu, ...

En 1227, Humbert de Beaujeu ravage les environs de Toulouse pour affamer la population.

Les Toulousains se battent avec courage, mais ne peuvent rien faire contre la puissance conjuguée de l’Eglise et du roi de France. Après 20 années de lutte, le pays est exsangue : il ne s’en remettra jamais réellement. Son économie est ruinée, ses élites politiques et intellectuelles décimées. La vie culturelle, économique et politique de l’Occitanie est anéantie.

1226-1242

Régence de Blanche de Castille

A la mort de son père, Louis IX a 11 ans, c’est sa mère qui exerce la régence.

1227-1241

Pontificat de Grégoire IX

En 1227, un concile de Toulouse codifie la répression de l'hérésie : les cathares deviennent clandestins

1228-1229

6ème croisade

Les croisés récupèrent Jérusalem.

1229

Traité de Meaux-Paris

Raymond VII se soumet au roi de France et à l’Eglise (il est flagellé devant Notre-Dame). Il ne garde que l’Agenais, le Rouergue, le nord de l’Albigeois, le bas Quercy. Ses autres possessions sont données en dot à sa fille et unique héritière, Jeanne, qui doit épouser Alphonse de Poitiers, frère du nouveau roi Saint-Louis.

1229-Début du 14e Siècle, La Chasse aux Hérétiques

1233-1235

Début de l’Inquisition

Les croisés maîtres du terrain, il reste à éliminer les hérétiques. Pour exécuter cette tâche, l’Eglise se dote en 1231 d’un tribunal spécialisé, l’Inquisition - ancêtre des polices politiques modernes. Celui-ci est confié à l’ordre des Dominicains, fondé en 1215.

Confiée à Toulouse aux mains de Guillaume Arnaud et Pierre Sellan, le tribunal ouvre l’horreur au quotidien. Non seulement on brûle des Parfaits et des Parfaites à pleines charettes, mais on exhume des cadavres à dents de bûchers posthumes.

En 1234, 210 personnes sont brûlées à Moissac sur l'ordre des inquisiteurs.

Fondant son enquête sur la délation systématisée et assimilant confession et déposition, l’Inquisition fait régner suspicion et terreur jusqu’au sein des familles. Elle parvient en quelques générations à briser la solidarité qui protège les hérétiques clandestins.

Pour les soustraire du monde, les « coupables » sont emmurés (« le Mur ») ; les suspects doivent porter un signe distinctif. Par cupidité, les inquisiteurs n’hésitent pas à faire des procès aux morts afin de s’emparer de leurs biens. Ils iront jusqu’à déterrer des cadavres pour les brûler.

En 1235, les inquisiteurs sont expulsés de Toulouse sur ordre du comte et des consuls.

Les cathares entrent dans la clandestinité. Ils n’ont plus le soutien des grands, leur hiérarchie est peu à peu désorganisée. Un siècle plus tard cette église parallèle aura à peu près disparu. Dès 1232, Montségur devient le siège de l’Eglise cathare.

1240

Dernier soulèvement du Languedoc

Sous la direction de Trencavel, fils du vaincu de Carcassonne, une révolte de faydits éclate. Le siège de Carcassonne aboutit à un échec. Trencavel s’enfuie en Espagne à l’arrivée des renforts royaux.

Peyrepertuse se soumet à Jean de Beaumont.

L’évêque cathare Guilhabert de Castres meurt à Montségur.

1242

Assassinat d’inquisiteurs à Avignonnet

Raymond VII se révolte contre le roi, puis se soumet. Montségur est alors désignée à la vengeance du pape et de la royauté. Il s’agit désormais de « décapiter l’hydre », selon Blanche de Castille.

1242-1270

Règne de Louis IX (Saint-Louis)

 

1243-1244

Siège de Montségur

Fin théorique du catharisme

En mai 1243, une armée de 6.000 hommes levée par le sénéchal de Carcassonne Hughes des Arcis et placée sous l’autorité « spirituelle » de l’archevêque de Narbonne Pierre Amiel prend place au pied du pog de Montségur. Le castrum défendu par une centaine de personnes tiendra jusqu’en mars 1244. Le 16 mars, 200 personnes sont brûlées au pied du pog.

Le catharisme n’a plus d’Eglise ; ses survivants sont voués à tomber un à un. Les derniers Bons Hommes protégés par des bandes de faydits armés mendient leur pain à la lisière des hameaux, consolant à grand péril dans le secret des demeures.

Le catharisme survivra en Italie jusqu’à la fin du 14e siècle, en Bulgarie, Bosnie et Grèce jusqu’à la fin du 15e siècle noyé par l’invasion turque.

1247

Raymond VII fait brûler 90 cathares à Agen

 

1248-1254

7ème croisade

Menée par Saint-Louis. Il sera capturé en Egypte.

1249

Mort de Raymond VII

Son gendre Alphonse de Poitiers, frère de Saint-Louis, devient comte de Toulouse. A la mort de ce dernier, le comté sera annexé par le Couronne de France

1255

Prise du château de Quéribus, dernier refuge cathare

 

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1270

8ème croisade

Encore menée par Saint-Louis, elle s’achève à Tunis avec la mort du roi.

1270-1285

Règne de Philippe III le Hardi

Le Poitou et l’Auvergne rentrent dans le domaine royal.

1271

Le comté de Toulouse devient possession royale

A la mort d’Alphonse de Poitiers et de son épouse Jeanne, les terres de Toulouse reviennent au roi de France.

1278 : Bûcher des arènes de Vérone. Destruction des églises cathares italiennes.

1285-1314

Règle de Philippe IV le Bel

Par son mariage avec Jeanne de Navarre, il fait entrer la Champagne dans le domaine royal et devient roi de Navarre. En l'espace d'un siècle, la France s'est considérablement aggrandie : voir cartes.

1291

Fin des Etats Latins d’Orient

Chute de Saint-Jean d’Acre en Terre Sainte.

1300

Révolte contre l’inquisition

La population de Carcassonne, soutenue par le franciscain Bernard Délicieux, se révolte contre l’Inquisition. Cette révolte se terminera sur des alignements de pendus

1300-1310

Dernier souffle cathare

Une petite équipe de Bons Hommes menée par Pierre Authié tente de réimplanter une Eglise cathare dans le Midi ; ils finiront brûlés devant la cathédrale de Toulouse en avril 1310.

1306

Expulsion des juifs

 

1309-1417

Papauté à Avignon

1310-1314 : procès des Templiers

1321

Mort sur le bûcher du dernier parfait cathare

Le jour où Guillaume Bélibaste meurt sur le bûcher à Villerouge-Termenès, l’Eglise cathare est morte. Nul ne pourra plus, en son nom, prétendre détenir et transmettre la tradition des Apôtres.

1337-1453

Guerre de Cent Ans

1412 : dernières sentences contre des cathares italiens.

1453

Fin du Moyen-Age

Prise de Constantinople par les Turcs.